La voiture se faufile tant bien que mal dans les embouteillages et la nuit noire. Elle gagne le quartier universitaire où se trouvent une partie des bureaux du Social Economy Belfast programme. Une perpendiculaire à Botanic Avenue est fermée par
une barrière de sécurité. Rachel l'ouvre en tapant son code.
- Cette rue est notre parking. Il y a pas mal de bureaux par ici.
La rue m'avait l'air a priori plutôt résidentielle. Mais bon! Les maisons doivent dater du début du siècle - pas celui-ci, l'autre (le 20e siècle, puisque nous sommes censés être au 21e).
Rachel connaît un endroit où le thé et les gâteaux valent le détour. Peu importe l'endroit pour moi. Du moment qu'on soit au chaud.
Le salon s'avère des plus accueillant. La clientèle semble majoritairement estudiantine, le personnel asiatique. Après avoir passé commande au bar, nous nous choisissons une table. Rachel
sort plusieurs documents de son sac et entreprend de m'expliquer la situation de l'économie sociale en Irlande du Nord.
800 entreprises d'économie sociale
En 2004, l'Irlande du Nord comptait 800 entreprises d'économie sociale, dont 170 à Belfast. Celles-ci étaient, bien entendu, à différents stades de développement. La plupart se trouve
implantée dans des zones défavorisées et participe au processus de réconciliation des communautés. A Belfast, elles sont principalement actives dans le secteur des services de proximité
(formation, éducation, petite enfance), le secteur du social et de la santé, le secteur de la culture et les cafés communautaires.
La mission du Social Economy Belfast Programme consiste à former les personnes avant qu'elles ne lancent leur entreprise, à exercer un rôle de mentor, à favoriser l'échange de bonnes
pratiques ou encore à développer les réseaux. « Toutefois, le mentoring représente la part la plus importante de notre activité, m'explique Rachel. Le mentor peut aider
l'entrepreneur social à travers les différentes phases de son projet : plan stratégique, plan marketing, recherche de financeurs, etc. »
Succes stories
Il semble que cette approche porte ses fruits, car le secteur connaît plus d'une success story. Ainsi, le Farset International est un hôtel construit dans le quartier ouest de la ville en
2003, sur une interface qui a été témoin par le passé d'affrontements entre Catholiques et Protestants. L'hôtel compte 38 chambres et met à disposition des salles de réunions et de
conférences pour des groupes locaux et internationaux. Une bonne partie des invités de Banlieues d'Europe y logera d'ailleurs pour les deux nuits à venir. Cet hôtel vise à offrir des
opportunités d'emploi aux habitants d'un quartier où le taux de chômage est élevé. La présence des touristes entraîne aussi des retombées économiques pour les commerces locaux.
Non loin d'ici, le Common Grounds Café a pris place dans un quartier où des tensions
ont souvent opposés habitants et étudiants. Depuis septembre 2004, ce café communautaire favorisent la rencontre des habitants et des étudiants. Les bénéfices servent à financer des projets
dans les pays du Tiers-Monde.
Et la liste ne s'arrête pas là...
Incertitudes pour le futur
L'efficacité de cet accompagnement à la création d'entreprises d'économie social pourrait ne plus être aussi bien assuré. « Avec le début de la nouvelle programmation 2007-2013, les
fonds de l'Union européenne ont été réduits de manière significative en Irlande du Nord, me dit Rachel. Des 26 organisations de partenariats de stratégie locale (Local Strategy
Partnerships), il pourrait bien n'en rester plus que 6 ou 7, beaucoup plus centralisés. En ce moment, elles existent toujours et sont en train de finaliser les payements de la dernière
programmation européenne, qui autorise des dépenses jusqu'en 2008. Après, leur futur est plus qu'incertain. »