Mardi 13 février 2007
En me promenant un jour de décembre à Watermael-Boitsfort, j'ai rencontré mon rire.

par Baudouin Massart publié dans : Bruxelles
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Vendredi 9 février 2007
J'aime parfois à me retrouver seul le midi dans une petite brasserie non loin du boulot (un café!) Ne pas avoir à discuter (deux bières, un café, une spaghetti bolo, deux croques, un panini). Se contenter d'absorber les bruits ambiants. (un jus d'orange, deux eaux plates, trois soupes, un croque) Observer les gens (deux bières, deux paninis, un gâteau au chocolat) Le serveur qui court en tout sens. (trois soupes, deux cafés). L'autre serveur, tout sourire, sympathique a priori, fait les cafés, passe les plats et les boissons (le serveur est toujours tout seul pour toute la salle, c'est pas sérieux - c'est vrai). Réflexions du couple à ma gauche (deux croques). J'aime ce bar avec ces petits carrés de peintures sur bois incrustés dans un bar de même facture. (un vin rouge, un café) Un dandy, veste jaune à carreaux, monocle et chapeau-claque. Deux bouteilles : une blanche, une bleue (un spaghetti, une tourte, un croque, deux soupes, une bière, un jus d'orange, une eau pétillante) Ce vieux tableau de classement des équipes : Ire, IIe, IIIe, IVe Divisions qui surplombe la rangée de tables du fond (un café... et encore deux cafés). Je me délecte de ma tourte au bleu-chicons (non monsieur, on ne sert pas de coca) C'est vrai qu'on ne sert pas de coca. Une particularité de la maison.
- Oui!?
- Un café, s'il-te-plaît!
- ET ENCORE UN CAFÉ!
par Baudouin Massart publié dans : Bruxelles
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Mercredi 7 février 2007

Parfois, il est intéressant de revenir sur les lieux qu'on a visité. Je suis retourné voir ce qu'il était advenu des "Voies en disparition" dont je parlais dans un précédent article. Une fresque de "Titeuf" habillant une façade avuegle renvoyait au parcours BD et à cette volonté bien bruxelloise d'affirmer qu'il n'y a pas qu'Angoulème comme capitale de la BD.

En regardant par-dessus le parapet, j'ai constaté que la voie ferrée avait - effectivement - disparu, ainsi que la verdure qu'il l'étouffait. A la place, il n'y avait plus que le vide. Ou plutôt une sensation étrange. Ce vide faisait penser au lit d'une rivière asséchée. Un peu plus loin, un autre pont de métal me faisait signe. L'idée m'a pris de remonter ce cours d'eau imaginaire. Juste pour voir. Pour aller au bout de cet étrangeté...

par Baudouin Massart publié dans : Bruxelles
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Vendredi 2 février 2007
Trop de boulot, trop d'anecdotes urbaines à trier au point de ne plus savoir par laquelle commencer (la suite de Belfast? une chronique bruxelloise?)... cette fois je fais simple.

En février 2005, un festival culturel et artistique baptisé BXLBRAVO avait lancé le pari de réanimer Bruxelles à la veille du printemps. Cette sympathique initiative permettait d'explorer - enfin - des lieux bruxellois qu'on se dit qu'on visitera... un-jour-peut-être, si-on-a-le-temps, et-qu'on-est-toujours-tenté, et-si-le-lieu-existe-toujours-bien-sûr.

Cette année, ils remettent le couvert le premier week-end de mars. Petit souvenir de la première édition. Une intervention artistique éphémère (Ceci n'est pas un montage photo). Tout un symbole. A-t-on déjà vu une ville sans grue par-dessus les toits?
par Baudouin Massart publié dans : Bruxelles
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Mardi 23 janvier 2007
En quittant la journée de réflexions sur le thème "Le logement, lieu d'accompagnement", je constate que nombre de branches jonchent le trottoir devant l'Institut social Lille Vauban. Certaines ont une taille respectable. Il faudra veiller à ne pas m'en prendre une sur le crâne.

A hauteur du marché couvert de Wazemmes, le vent se fait de plus en plus violent. Il a fendu un arbre en deux obstruant une rue. Des banderoles zébrées de rouge et blanc en interdisent l'accès. Quelque pas plus loin, une signalétique identique m'oblige à descendre du trottoir : des plaques de contreplaqués ont été arrachées par le vent.

Un peu partout, papiers abandonnés, sacs de plastiques et feuilles mortes se transforment en jouets pour Éole. Dans le piétonnier du centre, les lourdes guirlandes électriques se balancent dangereusement. Gare de Lille-Flandres. Au dehors, à part quelques bourrasques tout semble normal. A l’intérieur, le chaos a pris possession des lieux. Dans l’immense salle des pas perdus, des centaines de voyageurs observent anxieux le tableau d’affichage. En face de chaque destination figure un commentaire des plus répétitifs :
retard indéterminé,
retard indéterminé,
retard indéterminé,
retard indéterminé,
retard indéterminé,
retard indéterminé,
retard indéterminé…
Sur la droite, les excuses de la SNCF défilent : « Tempête sur le Nord. Le trafic ferroviaire est interrompu dans toute la région de Lille »  Et pour achever d’énerver les navetteurs, une voix féminine tente de se faire entendre dans le brouhaha à travers un haut-parleur :
- Votre attention, s’il vous plaît. Une tempête sévit sur le Nord Pas de Calais. Veuillez nous excusez pour les retards engendrés. Ne vous fiez pas aux retards indiqués sur le tableau des départs.
Fête ! On n’est pas rendu. Mon train de 17h06 n’est pas annoncé et d’autres censés partir à 16h13, 16h22, 16h30, 16h43… sont toujours signalés en « retard indéterminé ».
Doigts pianotant furieusement sur les touches de portables, oreilles collées à l’appareil avec pour unique commentaire « je ne sais pas combien de temps ça va durer ».

En raison des intempéries, tout le trafic ferroviaire est suspendu.

Surgie du passé, cette phrase vient hanter ma mémoire. Gare du midi. Printemps 1989 ou 1990. Je ne sais plus. Au moins, le message était clair. Je savais que j’étais condamné à rester sur place. Dans la situation présente, il me reste de l’espoir… et beaucoup de doutes.

Pour ne pas me dissocier de mes compagnons d’infortune, je soupire ouvertement et je râle intérieurement. Quand on n’a personne sur qui s’épancher, il faut bien intérioriser.

- Votre attention, s’il vous plaît. Le train pour Hazebrouck est supprimé et remplacé par un bus qui se trouve devant la gare.
Ca y est ! Ca commence. Je lève les yeux au ciel, dépité. L’immense verrière de la gare vibre sous les assauts de la tempête. Je la vois littéralement exploser. Des milliards d’éclats de verre pointus comme des couteaux, tranchants comme la mort, tombent en une pluie cauchemardesque sur la foule… Je chasse l’image de mon esprit avant d’imaginer les gens courant dans tous les sens, se bousculant, se piétinant.
Sur ma gauche, un caméraman de FR3 filme le tableau des départs. L’événement est sérieux. L’histoire immédiate n’attend pas.

Le temps passe, comme d’habitude. J’observe tout ce monde agglutiné et faisant cercle autour du tableau, objet de leurs convoitises. Le seul espace libre est constitué par l’ellipse d’où on ne peut lire les horaires.

- C’est quoi tout ces gens, lâche une jeune fille.
Elle va comprendre. Bientôt.
© 2007 Baudouin Massart - Gare de Lille-Flandres

Je commence à me déplacer dans le hall, fatigué de rester la tête en l’air à attendre Godot. Le monde continue d’affluer, mais aucun train ne part. Des files interminables se forment devant les guichets du centre d’informations. Un signal d’alarme retentit du côté des quais. Lorsque je passe à proximité, des policiers forment un cercle avec deux autres personnes qui tiennent les jambes de quelqu’un en l’air. Une jeune femme blonde est étendue sur le côté. Deux personnes lui parlent. Ses lèvres bougent. Pourquoi n’ai-je toujours pas passé mon brevet de secouriste ? Trois mois plus tôt, je me suis posé la même question alors qu’un ami et moi avions jailli d’une rame de métro pour nous préoccuper d’un jeune gars reposant sur le quai de la station de métro Maelbeek, vomissant sa bile.

- Votre attention, s’il vous plaît. Train pour Douai-Valenciennes, départ imminent quai numéro quatre.
Les gens se ruent vers cette possibilité de partir enfin. Ils courent comme des dératés. On dirait qu’ils fuient un incendie. J’espère qu’ils ne vont pas écraser la jeune femme blonde sur leur passage.
- Votre attention, s’il vous plaît. Si un médecin se trouve dans la gare, il est prié de se rendre d’urgence au début du quai numéro trois. Je répète…
Je me déplace à nouveau, vers l’extérieur. La préposée au micro renouvelle sa demande pour un médecin.

Salle des guichets. Des personnes tentent d’acheter leur billet. Au dehors, le vent me décoiffe et empêche les portes de se refermer. J’insiste. Et je l’emporte. La nuit est tombée. Tout est illuminée. Les passants passent, cheveux au vent. Une heure que j’attends déjà. Il faudra me décider : attendre encore ou me résigner à chercher un hôtel. Je me laisse jusqu’à dix-neuf heures, après je risque de ne plus trouver une chambre de libre.

Je reviens dans la salle des pas perdus.

- Votre attention, s’il vous plaît. Des arbres sont tombés sur les voies en direction de Lens et de Valenciennes.
Je reviens au tableau. Des trains ont disparu avant même d’avoir été supprimés. Etrange ! Je décide de tenter ma chance à la gare de Lille-Europe. A l’extérieur, des sans-abri se regroupent autour d’une distribution vespérale de soupe et de tartines. Le chemin qui mène à cette gare est en hauteur. Le vent stoppe ma progression l’espace de quelques secondes. Ne plus être maître de ses déplacements, ça surprend. A la gare européenne, mêmes messages sonores et mêmes attroupements. Je reflue vers Lille Flandres.

Au micro, un homme a remplacé la femme, sans doute frappée d’une extinction de voix. Les trains n’ont pas l’air d’avoir quitté leurs quais. Une civière recueille la jeune femme blonde. Pas trop tôt !

Ma montre indique dix-neuf heures, l’heure de cesser d’espérer. Je n’aurais jamais cru que je vivrais ce genre de situation : le gars coincé par la tempête, contraint de se trouver un hôtel pour passer la nuit. Les trains et les gares ont toujours un avant-goût d’aventure. Les hôtels aussi. Heureusement, celui que je choisis n’a rien à voir avec le Bate’s Motel et la personne à l’accueil n’a rien à voir avec Anthony Perkins. Juste avant de m'y abriter pour la nuit, je peux apercevoir, sur le parvis l'église Saint-Maurice, le camping improvisé pour sans-abri des "Enfants de Don Quichotte".

 

par Baudouin Massart publié dans : Autres villes
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Le pas du pérégrin

Historien-journaliste à l'Agence Alter, Baudouin Massart s'intéresse à la ville depuis dix ans. Auteur de nouvelles “noires”, il glane des anecdotes de la vie urbaine au gré de ses pérégrinations et de ses rencontres. Comme on peut le constater sur la photo ci-dessous, le pas du pérégrin est flou. Ce flou volontairement artistique résulte de la vitesse de déplacement du pérégrin qui, poussé dans le dos par l'aventure qui souffle au coin de la rue, n'a d'autre choix que de presser le pas.

Divers2008-015.jpg

Trouvaille

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