Gare de Namur, un matin, en prenant la sortie vers le boulevard du Nord, j'ai assisté à un contrôle de policier "facile".
Quatre gamins, auxquels j'aurais donné entre 12 et 14 ans maximum - pré-ados ou ados -, vivaient un sale moment. Deux flics bâtis comme des armoires à glace ou ayant fait un détour par les
paracommandos zyeutaient leurs papiers. Un seulement dans les faits effectuait le contrôle. L'autre retenait de la main un berger allemand pure race, 60-70 kilos à vue de nez.
Les gamins n'en menaient pas large. Ils affichaient un style "rebelle" que j'aurais volontiers qualifier de "grunge", si cette mode existe encore. Ce qui d'ailleurs est sans doute le cas, les
modes passent et repassent. Mais soit! Pour le moment, les quatre petits rebelles étaient dans leurs petits souliers. Il est vrai que passé 9h, ils auraient sans doute dû être assis sur les bancs
d'une école quelconque. Et puis, j'ai été frappé par leurs tailles ou plutôt leur différence de taille. Alignés contre le mur, ils s'échelonnaient de droite à gauche, comme les frères Daltons. Et
j'ai eu pitié d'eux. Oui, je sais, cette expression révulse certaines personnes. Combien de fois, n'ai-je pas entendu dire : "Je déteste éprouver de la pitié pour quelqu'un". Peut-être est-ce
d'ailleurs pour cela que ce monde est devenu si dur. Sans pitié. Sans compassion. Sans empathie.
Empathie. C'est aussi ce sentiment que j'ai éprouvé en regardant ces quatre petits Daltons, chahutés par deux Lucky Luke patibulaires et se tenant cois devant un féroce Rantanplan. Après sans
doute qu'ils se vanteront auprès de leurs copains et surtout des filles. "Ouais-hé! T't'à'l'heure, on s'est fait contrôlés par les keufs!". Et ils transformeront l'histoire pour en devenir les
héros...
Pas si bêtes que ça les Daltons.
par Baudouin Massart
publié dans :
Namur
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