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Chroniques urbaines, ambiances de villes
© 2006 Baudouin Massart - Bruxelles

L'histoire se passe dans une petite ville ardennaise belge du nom de "Marche" (ou Marche-en-famenne). Mon boulot m'avait amené à assister à la
présentation d'un ouvrage particulièrement intéressant : "No woman's land" (éditions du Cerisier). Il s'agit d'un roman écrit collectivement par des demandeurs d'asile dans le cadre d'ateliers
d'écriture. La démarche est audacieuse, l'enjeu étant de faire écrire des personnes dans une langue qu'ils apprennent. Et en plus d'être audacieuse, la démarche est payante. L'association
qui est derrière ce projet - le Miroir vagabond - n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'elle permet aussi à des demandeurs d'asile d'apprendre le français en montant des pièces de
théâtre qu'ils jouent quinze jours plus tard. Bien entendu, cette association veille à s'entourer de pros pour y parvenir. Mais je m'écarte de mon sujet initial...
Après la présentation de l'ouvrage, lectures d'extraits et une séquence de slam, j'ai décidé de profiter du soleil - enfin présent - pour m'offrir un café sur une
terrasse marchoise. J'ai tout d'abord testé une terrasse vide en face de l'église, au coeur de la ville.
Je me suis installé et j'ai attendu-attendu-attendu.
Mais le serveur n'est jamais venu.
Du coup, j'ai repris mon sac et, trop fier pour aller quémander un café à l'intérieur, je m'en suis allé à la recherche d'une autre terrasse. Après vingt minutes à passer dans les mêmes
rues, j'étais prêt à repartir, quand un hôtel-brasserie baptisé "Le Quartier latin" (en temps ordinaire, un café portant ce nom est toujours installé à proximité d'écoles) m'a tendu un
parterre de chaises et de tables. Cette fois, j'ai accepté de rentrer à l'intérieur... pour demander à ce qu'on me serve à l'extérieur. L'accueil fut chaleureux, le service
rapide, le café excellent et accompagné d'un rocher au coco de taille supérieure à ceux qu'on sert d'habitude. Et j'ai pû me prélasser au soleil. Un quart d'heure, pas plus, mais j'étais
bien.
Les petits plaisirs de la vie tiennent parfois à peu de choses.
Aujourd'hui, je me suis rendu à Baudour, pas loin de Mons. Rendez-vous avec l'équipe d'une maison maternelle pour rédiger un cahier Labiso.
Sur la route qui mène de Bruxelles à Paris, j'ai été effaré par le nombre de camions sur la bande de droite. Pas l'habitude. Après m'être un peu perdu dans une zone partagée entre ancienne
industrialisation et nouvelle industrialisation, je suis arrivé au lieu de rendez-vous. La bâtisse est splendide. L'association qui l'occupe m'a expliqué qu'avant c'était un hôtel et avant ça la
gare de Baudour. J'ai pu voir la voie ferrée désaffectée qui rasait les murs. Jusque dans les années 80, quelques trains de marchandises y passaient encore.
En repartant, j'ai longé un canal où des péniches aux noms venus d'ailleurs voguaient plus loin. J'ai pensé à mon frère qui bosse pas loin, à Tertre. Pas le temps de le saluer
malheureusement. J'ai repensé aussi à cette BD de Gibrat, "Le Corbeau", où une bonne partie de l'action se déroule sur une péniche durant l'occupation nazie.
Quelque part dans le Nord,
quelque part aux alentours du Nouvel an,
nous nous en étions aller séjourner sur la Côte d'Opale,
entre Boulogne et Calais.
Et là, sur la route menant de Wissant à Calais,
sur la D 940,
peu après le Cap Blanc-Nez,
la départementale se transforme en une enfilade urbaine :
Sangatte, Coquelles, Blériot-Plage... Calais.
Pas de vrai rupture entre ces agglomérations.
Un continuum urbain avec quelques maigres trottoirs, des piétons disparates et une certaine inanimation.
Le froid, l'hiver sans doute en sont la cause.
Et là, sur la route menant de Wissant à Calais,
entre Sangatte et Calais,
j'ai repensé au livre de Pierre Adam "A l'abri de rien".
Je me suis mis à chercher du regard ces réfugiés qui erraient dans l'attente d'un passage en douce vers la Grande-Bretagne.
Puis je me suis rappelé que le jour on n'était pas censé les voir,
qu'ils se cachaient en attendant le soir.
Qu'en lieu et place d'un passage en douce, c'était souvent une réalité plus dure qui les attendaient.
Pour finir, je les ai vus,
à la télé, un soir.
Calais avait fermé ses abris de nuit,
ils avaient froid,
cherchaient désespérément un refuge pour se protéger du vent encore plus froid.
Je le connaissais bien ce vent.
Je l'avais subi une bonne partie de la journée en plein soleil.
Et déjà j'avais froid.
PS : Il s'agit d'Olivier Adam et non de Pierre Adam, mea culpa.
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